À première vue, rien ne distingue la résidence Boris Antonoff des autres EHPAD. Pourtant, derrière ses murs, les rires des enfants se mêlent désormais aux conversations des résidents. Depuis septembre 2025, douze enfants âgés de 3 mois à 3 ans fréquentent une micro-crèche installée dans un bâtiment en bois de 130 m² construit dans le jardin de l’établissement. Bien plus qu’un simple voisinage, cette proximité est pensée comme un véritable projet de vie partagé. Ateliers cuisine, peinture, comptines, jeux, promenades ou visites improvisées rythment désormais les journées de nombreux résidents. « L’annonce de leur arrivée avait été énormément appréciée par les résidents, impatients de les voir. Et les quelques appréhensions que nous pouvions avoir se sont très vite envolées », confie Sandrine Chapon, la directrice de l’établissement. Pour les personnes âgées comme pour les enfants, les rencontres deviennent rapidement naturelles. Les plus jeunes découvrent un environnement riche en interaction, tandis que les aînés retrouvent, le temps d’un atelier ou d’un sourire, une proximité précieuse avec l’enfance.
Un projet né d’une volonté forte… mais semé d’embûches
L’idée d’installer une micro-crèche au sein de l’EHPAD remonte à plusieurs années. Dès 2022, la Fondation de l’Armée du Salut engage une réflexion pour nouer un partenariat avec le réseau Tom & Josette, afin de renforcer les liens intergénérationnels dans ses établissements. Avant de se lancer, les équipes visitent une structure similaire à Rennes. Très vite, elles sont convaincues par les bénéfices observés, mais la concrétisation du projet s’annonce complexe. Premier obstacle, la résidence Boris Antonoff ne dispose pas de locaux adaptés pour accueillir une crèche dans le bâtiment existant. Il faut donc construire un espace dédié, et indépendant, dans le jardin. Deuxième difficulté, l’EHPAD étant locataire de ses murs, tout investissement immobilier dépend de l’accord du bailleur social. Enfin, la flambée du coût des matériaux, liée au contexte international, fragilise l’équilibre financier de l’opération. « Les coûts avaient alors considérablement augmenté et il a fallu repenser toute sa faisabilité », explique Sandrine Chapon. Le soutien du bailleur social Rance, membre du groupe Action Logement, ainsi qu’un financement obtenu grâce à un partenariat avec KLESIA permettront finalement de mener le projet à bien.
La construction elle-même devient un événement pour les résidents. L’arrivée spectaculaire des modules préfabriqués par grue attire de nombreux curieux. « À ce moment-là, le projet devenait enfin concret. Les résidents et les personnes en accueil de jour étaient dehors à regarder les éléments arriver, c’était une véritable animation à part entière », se souvient la directrice. Quelques mois plus tard, les premiers enfants investissent les lieux. Les équipes optent volontairement pour une montée en charge progressive afin de permettre aux tout-petits de s’approprier leur nouvel environnement avant d’intensifier les rencontres avec leurs aînés.
La construction elle-même devient un événement pour les résidents. L’arrivée spectaculaire des modules préfabriqués par grue attire de nombreux curieux. « À ce moment-là, le projet devenait enfin concret. Les résidents et les personnes en accueil de jour étaient dehors à regarder les éléments arriver, c’était une véritable animation à part entière », se souvient la directrice. Quelques mois plus tard, les premiers enfants investissent les lieux. Les équipes optent volontairement pour une montée en charge progressive afin de permettre aux tout-petits de s’approprier leur nouvel environnement avant d’intensifier les rencontres avec leurs aînés.
Des activités préparées avec soin… et de la spontanéité
Aujourd’hui, deux temps intergénérationnels formalisés sont organisés chaque semaine. Ils alternent entre ateliers cuisine, activités manuelles, lectures, musique ou expression corporelle. Les rencontres se déroulent tantôt dans les locaux de la micro-crèche, tantôt dans ceux de l’EHPAD. À ces rendez-vous s’ajoutent de multiples échanges spontanés. Les enfants passent saluer les résidents dans les couloirs, nourrissent les poissons de l’aquarium ou profitent simplement d’une promenade dans le jardin. « Voir les enfants arriver, même juste pour dire bonjour, anime toute la résidence. Certains résidents les attendent véritablement. Cela crée des repères dans leur semaine et apporte énormément de joie », observe Sandrine Chapon. Si la spontanéité occupe une place importante, chaque activité est néanmoins soigneusement préparée par les professionnels des deux structures. Les groupes sont limités, les situations anticipées et un adulte de chaque équipe reste systématiquement présent.
Des bénéfices particulièrement visibles auprès des personnes atteintes de troubles cognitifs
Parmi les plus belles surprises de cette expérience figurent les interactions avec les résidents de l’unité de vie protégée. Avant le lancement du projet, les équipes s’interrogeaient sur la réaction de très jeunes enfants face à des personnes souffrant de troubles cognitifs. Des inquiétudes rapidement dissipées. « Nous nous étions demandé si les enfants pourraient être impressionnés par certains comportements liés aux troubles cognitifs ou, inversement, si certains résidents risquaient d’avoir des gestes inadaptés. Finalement, la spontanéité des tout-petits balaie très vite ces craintes », rassure la directrice. Au fil des ateliers, les situations de transmission se multiplient. Elle évoque notamment un atelier pâtisserie durant lequel un résident accueilli en unité protégée, ancien cuisinier, accompagne un petit garçon dans la préparation d’un gâteau au chocolat : « Quand on voit le regard de ce monsieur sur le petit Jules, on est vraiment dans un temps de partage et de transmission. On est aussi dans la réminiscence, les gestes professionnels reviennent naturellement, mais adaptés à un tout-petit. C’est tout l’intérêt de l’intergénérationnel avec cet âge-là. »
D’autres scènes ont marqué les équipes. « Une résidente compte systématiquement les enfants pendant les activités. On se dit qu’elle a sans doute travaillé auprès d’eux ou gardé cette habitude de vérifier que tout le monde est là », raconte Sandrine Chapon. Une autre résidente aide spontanément les plus jeunes à enfiler leur tablier avant les ateliers cuisine, tandis que certains résidents habituellement discrets s’animent dès qu’ils aperçoivent les enfants. Pour la directrice, ces interactions dépassent largement le simple cadre de l’animation : « Ce sont des temps de partage, de transmission et de réminiscence. Les enfants font ressurgir des gestes, des réflexes et des émotions qui semblaient parfois oubliés. »
D’autres scènes ont marqué les équipes. « Une résidente compte systématiquement les enfants pendant les activités. On se dit qu’elle a sans doute travaillé auprès d’eux ou gardé cette habitude de vérifier que tout le monde est là », raconte Sandrine Chapon. Une autre résidente aide spontanément les plus jeunes à enfiler leur tablier avant les ateliers cuisine, tandis que certains résidents habituellement discrets s’animent dès qu’ils aperçoivent les enfants. Pour la directrice, ces interactions dépassent largement le simple cadre de l’animation : « Ce sont des temps de partage, de transmission et de réminiscence. Les enfants font ressurgir des gestes, des réflexes et des émotions qui semblaient parfois oubliés. »
Un nouvel élan pour l’EHPAD et ses équipes
Au-delà des bénéfices observés chez les résidents, la micro-crèche contribue à modifier l’image de l’établissement. Les familles des enfants découvrent un EHPAD vivant, ouvert sur son quartier et pleinement intégré à la vie locale. Certaines situations donnent même naissance à de belles histoires. Une ancienne salariée de la résidence, également fille d’un résident, a ainsi obtenu une place pour sa propre fille dans la micro-crèche, lui permettant de rendre régulièrement visite à son grand-père accueilli sur place. Cette ouverture bénéficie également aux équipes. « Les salariés ont tout de suite été séduits par l’initiative. Elle apporte une énergie nouvelle et crée une véritable dynamique commune entre les professionnels de la résidence et ceux de la micro-crèche », souligne Sandrine Chapon. Selon elle, cette adhésion collective constitue même l’une des clés du succès : « Il faut embarquer les équipes dès le départ et leur donner envie de porter le projet. » Un principe qu’elle étend à l’ensemble des partenaires impliqués – représentants des résidents, gestionnaires, bailleurs ou encore acteurs de la petite enfance – afin de construire un projet partagé et durable.
Trouver l’équilibre entre vigilance sanitaire et qualité de vie
L’arrivée de très jeunes enfants au sein d’un EHPAD soulève naturellement la question du risque infectieux. Grippe, gastro-entérite ou autres virus saisonniers ont conduit les équipes à adapter certaines activités et, ponctuellement, à suspendre les rencontres pour protéger les résidents les plus fragiles. Cette expérience a toutefois amené la direction à faire évoluer sa réflexion. « Ce qui prime, c’est la vie institutionnelle. Si l’on est toujours dans le frein et dans la restriction, il n’y a plus de joie. Il faut bien sûr évaluer les risques, mais sans empêcher systématiquement les rencontres », estime Sandrine Chapon. Selon elle, il s’agit moins de renoncer aux temps intergénérationnels que d’ajuster les précautions en fonction de la situation sanitaire du moment. Une philosophie qui s’inscrit dans une évolution plus large des pratiques en EHPAD, où la prévention des risques doit désormais trouver un équilibre avec un autre impératif : préserver la qualité de vie des résidents et maintenir l’ouverture de l’établissement sur son environnement. Un état d’esprit qui dépasse aujourd’hui le seul cas malouin, et accompagne l’essor de nouveaux projets intergénérationnels partout en France.
Une dynamique appelée à se développer
L’exemple de Saint-Malo illustre en effet un mouvement de fond. Face à l’isolement des personnes âgées et à la volonté de créer des lieux de vie plus ouverts, les projets associant petite enfance et grand âge se multiplient. Pour les EHPAD, ces initiatives représentent bien davantage qu’une animation supplémentaire. Elles favorisent la participation des résidents, renforcent le sens du travail des équipes, améliorent l’image de l’établissement auprès des familles et replacent le lien social au cœur de l’accompagnement. À Saint-Malo, les perspectives ne manquent pas : goûters dans les chambres des résidents les plus isolés, médiation animale, créations artistiques communes ou encore nouvelles fêtes partagées tout au long de l’année. « Nous expérimentons beaucoup de choses. L’idée est d’identifier ce qui fonctionne le mieux pour construire progressivement un véritable projet intergénérationnel sur le long terme », conclut Sandrine Chapon. Quelques mois seulement après son ouverture, la micro-crèche malouine démontre déjà qu’en rapprochant les générations, il est possible de transformer durablement la vie d’un EHPAD. Et parfois, il suffit d’un gâteau préparé à quatre mains ou d’un enfant venu dire bonjour dans un couloir pour faire naître des instants de bonheur partagés qui donnent tout son sens à la vie collective.
> Article paru dans Ehpadia #44, édition de juin 2026, à lire ici
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